La dépendance de notre mémoire à internet

Déchargement cognitif : comment internet devient-il la mémoire humaine


Internet. Quelle belle invention. Que ferait la majeure partie de notre monde actuel sans les nouvelles technologies ?


A part certains pays comme le Pakistan, le Bangladesh, la Birmanie, le Timor oriental, l’Érythrée et la Corée du Nord, où l’accès internet reste réduit, contrôlé ou réservé uniquement aux dirigeants (dictateurs), l’économie mondiale est devenue dépendante de l’internet. Grâce au recul possible depuis son avènement, plusieurs chercheurs collaborent pour mieux saisir l’impact de l’utilisation sur l’Homme.

Nombreux journalistes et chercheurs en sont aujourd’hui certains. L’utilisation des nouvelles technologies et plus particulièrement le travail sur écran (poste fixe, tablette et smartphone) a modifié structurellement notre cerveau (la plasticité cérébrale).

Les pistes intéressantes soulevées dans l’ouvrage « Internet rend-il bête ? » de Nicholas CARR déplie d’ailleurs généreusement cette dépendance croissante sur l’Internet et la facilité d’accès à la vaste ressource disponible en ligne. Ce « déchargement cognitif » affecterait « nos processus de pensée pour la résolution de problèmes, le rappel et l’apprentissage« .

déchargement cognitif
30% des participants a une étude qui ont déjà consulté l’Internet pour répondre à des questions n’ont même pas essayé de répondre à une seule question simple en utilisant uniquement la mémoire humaine.

Internet prend le contrôle de notre mémoire


Un homme qui se noie s’accroche à tout ce qui flotte. Internet est un peu comme la bouée de sauvetage de notre mémoire en naufrage.

Dans un article publié en juillet 2016 dans la revue Memory, des chercheurs ont constaté que « le déchargement cognitif », ou la tendance à compter sur des choses comme l’Internet en tant qu’aide-mémoire, augmente après chaque utilisation. On pourrait penser que la mémoire est quelque chose qui se passe uniquement dans notre tête mais, de façon croissante, la mémoire devient quelque chose d’externalisé dépendant de l’aide d’agents extérieurs.

Les chercheurs ont mené des expériences pour déterminer nos chances d’atteindre les mêmes scores pour répondre à des questions données avec ou sans un ordinateur ou un smartphone. Les participants ont d’abord été divisés en deux groupes pour répondre à quelques questions de niveaux difficiles – un groupe a utilisé seulement sa mémoire, l’autre a utilisé le moteur de recherche Google. Les participants ont ensuite eu la possibilité de répondre à des questions plus faciles en suivant la méthode de leur choix.

Les résultats ont révélé que les participants qui ont déjà utilisé Internet pour obtenir de l’information étaient beaucoup plus susceptibles de revenir à Google pour les questions suivantes que ceux qui comptaient sur leur mémoire. Les participants ont également passé moins de temps à consulter leur propre mémoire avant de se rabattre sur une recherche via Internet ; ils étaient non seulement plus susceptibles de le faire à nouveau, et de le faire beaucoup plus rapidement. 30% des participants qui ont déjà consulté l’Internet n’ont même pas essayé de répondre à une seule question simple en utilisant uniquement la mémoire humaine.

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La mémoire de l’Homme est en train de changer


« La mémoire est en train de changer. Notre recherche montre que nous utilisons l’Internet pour soutenir et étendre notre mémoire, nous en devenons plus dépendants. Alors qu’auparavant nous aurions essayé de nous remémorer quelque chose provenant de notre propre mémoire, maintenant cela nous dérange. Étant donné que plus d’informations sont disponibles via les smartphones et autres appareils dédiés à l’Internet, nous en devenons de plus en plus tributaires dans notre vie quotidienne » a indiqué le Dr Benjamin Storm, l’un des auteurs de cette recherche.

Enfin, ces résultats suggèrent que l’utilisation d’une certaine méthode d’établissements des faits a une influence remarquable sur la probabilité des comportements futurs et leur répétition. Le temps nous dira si cette tendance aura des répercussions profondes sur la mémoire humaine et notre dépendance sur d’autres sources d’information.

Mémoire humaine et Internet
Certes, l’Internet est plus complet, fiable et plus rapide que l’ensemble des imperfections de la mémoire humaine.

Internet : la béquille virtuelle de notre tendance à la fainéantise ?


Certes, l’Internet est plus complet, fiable et plus rapide que l’ensemble des imperfections de la mémoire humaine. Cependant, cette « e-mémoire » est dépendante de la qualité des réponses, et le contrôle de la qualité, la véracité, des informations disponibles sur Internet est un enjeu majeur. Avec un monde de l’information où la recherche est monopolisée par des outils toujours plus performants comme Google (et ses algorithmes de recherches magiques), les besoins de se rappeler des faits insignifiants, des chiffres et des nombres sont inévitablement moins nécessaires pour fonctionner dans la vie quotidienne.

En conclusion, que l’on fasse le choix de fuir l’usage d’Internet ou de gérer son identité numérique, n’oublions pas l’importance de la lecture (papier), qui participe grandement à notre stimulation cognitive, afin de préserver notre mémoire et augmenter notre état de bien-être. Tout comme l’importance des liens sociaux, et de la nutrition, il semblerait d’ailleurs que le travail de la mémoire soit favorable pour prévenir et réduire les troubles de la mémoire et tout le chapelet de maladies comme Alzheimer.


La vision de Kenneth Goldsmith à propos du Web


kenneth-goldsmith-wasting-time-on-the-internetKenneth Goldsmith (professeur de littérature à l’université de Pennsylvanie), auteur du livre « Wasting Time on the Internet », développe une théorie au sujet du Web avec une nouvelle approche. Kenneth Goldsmith, poète et artiste conceptuel de l’Université de Pennsylvanie, a enseigné un cours d’écriture créative qu’il a appelé « Wasting Time on the Internet ». Optimiste radical, il voit une nouvelle culture positive en cours de construction.

Dans une interview pour The New York Times (Août 2016), il explique que “les théoriciens disent qu’Internet nous rend bête, mais quelque chose de magique s’est produit quand mes élèves ont gaspillé leur temps ensemble. Ils sont devenus plus créatifs les uns avec les autres. Ils disent que nous sommes moins sociaux, au contraire je pense que sur Internet les gens sont tout le temps en communication. Ils disent que nous ne lisons pas, mais je pense que nous lisons tout le temps, simplement c’est en ligne.

© Jimmy Braun 08/16


Sources

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