Pourquoi le cerveau distingue-t-il notre discours intérieur et les sons de notre voix parlée ?

Pourquoi le cerveau distingue-t-il notre discours intérieur et les sons de notre voix parlée ?

Se parler à soi-même à voix haute ou avec notre petite voix intérieure est une situation que nous connaissons tous. Des réflexions traversent notre esprit, ou alors nous ressassons des souvenirs et des soucis, notre petite voix intérieure est parfois un véritable dialogue virtuel avec nous-même.

Phénomène naturel, qui nous plonge parfois dans le doute concernant notre santé mentale, il semblerait que de se parler à soi-même ait une influence évidente sur notre comportement et nos capacités cognitives.

D’ailleurs, l’impact de notre conversation personnelle interne fait l’objet de plusieurs études importantes, dont l’une publiée en 2014 et une autre étude en 2015 par l’American Psychological Association, qui révèlent notamment que certaines personnes réduiraient leur anxiété de cette façon.

Cependant, l’origine et la fonction de notre voix intérieure restent encore assez vagues, et certaines hypothèses pensent qu’il s’agit d’un reliquat de la lecture à voix haute. Le discours intérieur, également connu sous le nom de pensée verbale, a été impliqué dans les théories du développement cognitif, de la parole, de la fonction exécutive et de la psychopathologie.

En dépit d’une masse croissante de connaissances sur sa phénoménologie, son développement et sa fonction, les approches de l’étude scientifique du langage intérieur (endophasie) sont restées diffuses et largement non intégrées. Malgré sa variabilité entre les individus et tout au long de la vie, le langage intérieur semble remplir des fonctions importantes dans la cognition humaine, qui dans certains cas reflètent ses origines développementales et son partage des ressources avec d’autres processus cognitifs.

Le discours intérieur est un phénomène paradoxal

Le discours intérieur est un phénomène paradoxal


Le discours intérieur est une expérience qui est au centre de la vie quotidienne de beaucoup de gens, et pourtant elle présente des défis considérables pour tout effort de l’étudier scientifiquement.

Néanmoins, un large éventail de méthodologies et d’approches s’est combiné pour faire la lumière sur l’expérience subjective du discours intérieur et de ses fondements cognitifs et neuraux.

Dans l’enfance, il existe des preuves d’un rôle central pour le discours intérieur dans la régulation du comportement et le soutien des fonctions cognitives complexes. À l’âge adulte, le langage intérieur est impliqué dans de nombreux processus cognitifs, mais il semble y avoir une grande variation interindividuelle dans la manière dont le langage intérieur est utilisé, à la fois cognitivement et en tant qu’expérience.

Approfondir notre connaissance des différentes façons dont le langage intérieur peut fonctionner est une priorité de recherche, non seulement pour comprendre le développement, la cognition et la psychopathologie, mais aussi pour nous amener à mieux comprendre la vie intérieure des êtres humains.

Activité cérébrale et voix intérieure

Activité cérébrale et voix intérieure


Il se peut que vous entendiez votre voix intérieure. Même lorsque vous êtes silencieux et concentré. Que ce soit en pensant à ce que vous aller déjeuner ou en imaginant comment se déroulera votre conversation téléphonique prévue dans quelques heures. Selon les scientifiques, nous passons au moins un quart de notre vie à écouter notre propre discours intérieur. Mais dans quelle mesure le cerveau distingue-t-il le discours intérieur entre les sons que nous produisons quand nous parlons à voix haute ?

Écouter un enregistrement de notre propre voix active le cerveau plus que de se parler à haute voix. Les instructions sur les lèvres, la langue et les cordes vocales leur disant de se déplacer, il fait également une copie de ces instructions. Lorsque les sons réels correspondent à ceux prévus – comme lorsque vous vous entendez parler à voix haute – les régions de traitement du son du cerveau amortissent leurs réponses.

Afin de savoir plus précisément comment fonctionne ce processus, des chercheurs australiens ont suivi l’activité cérébrale de volontaires sains qui écoutent des sons vocaux au moyen d’écouteurs, tout en écoutant d’autres sons simultanés. Ce même son dans le son de la parole correspond au son de la parole externe (à voix haute). Les résultats de cette étude ont été publiés le 4 décembre 2017 dans la revue eLife.

Copie d'efférence et atténuation sensorielle

Copie d’efférence et atténuation sensorielle


La présente étude introduit une nouvelle procédure expérimentale qui a permis de tester si la parole interne (discours intérieur) produit une suppression de la parole audible en l’absence de toute action motrice manifeste.

Dans ce protocole, les participants ont été invités à produire un seul phonème dans le discours interne à un moment précis, qui a été désigné au moyen d’un repère visuel précis.  En même temps, un phonème audible a été présenté dans les écouteurs des participants (phonème audible en correspondance, et différent/en non-concordance).

En condition passive, les participants ont reçu l’ordre de ne pas produire de phonème interne. Les résultats ont indiqué que la parole interne entraînait la suppression de la parole audible, mais seulement si le contenu du phonème interne correspondait au contenu du phonème audible.

Ces résultats suggèrent que la production de la parole interne est associée à un modèle direct interne verrouillé dans le temps et spécifique au contenu, similaire à celui qui opère dans la production du discours audible. De plus, ces résultats suggèrent que la parole interne, en elle-même, est capable de provoquer une copie d’efférence* et de provoquer une atténuation sensorielle, même en l’absence d’une action motrice manifeste.

La rêverie correspond à des capacités cérébrales

Une nouvelle voie pour améliorer la prise en charge des certaines maladies mentales


Les résultats peuvent avoir des implications importantes pour comprendre pourquoi les personnes souffrant de maladies mentales telles que la schizophrénie entendent des voix. La technique développée, qui existe depuis longtemps mais qui n’a jamais été testée, devrait permettre de mieux comprendre certains symptômes et éventuellement conduire à de nouveaux traitements.

Enfin, la recherche a longtemps pensé que les hallucinations auditives et verbales résultent d’anomalies dans le langage et le discours intérieur. Des recherches antérieures suggèrent que lorsque nous nous préparons à parler à haute voix, notre cerveau crée une copie des instructions adressées à nos lèvres, la bouche et les cordes vocales. Cette copie est connue sous le nom d’une copie d’efférence. Elle est envoyée à la région du cerveau pour faire la distinction entre les sons prévisibles que nous avons produits nous-mêmes et les sons moins prévisibles qui sont produits par d’autres personnes.

« La copie d’efférence amortit la réponse du cerveau face aux vocalisations auto-générées, donnant moins de ressources mentales à ces sons, parce qu’ils sont si prévisibles », précisent les auteurs. C’est pourquoi nous ne pouvons pas nous chatouiller. Notre cerveau prédit la sensation que nous allons ressentir et ne réagit pas fortement. Par contre, si quelqu’un d’autre frotte notre voûte plantaire de façon inattendue,  la réponse du cerveau à cette même sensation sera plus grande et créera un sentiment chatouilleux.

« Nous entendons tous des voix dans nos têtes, peut-être que le problème se pose lorsque notre cerveau est incapable de dire que nous sommes ceux qui les produisent. » concluent les chercheurs.

© Blog Nutrition Santé – Jimmy Braun – Décembre 2017


Sources externes

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