La motivation de punir les comportements antisociaux se développe dès l'enfance

La motivation de punir les comportements antisociaux se développe dès l’enfance

Initialement, nous souhaitons le bonheur et l’amour de notre prochain. Lorsque le malheur frappe une autre personne, les humains peuvent ressentir de la détresse. Ceci peut les pousser à s’enfuir. Cependant, lorsqu’un tel malheur est perçu comme justifié, il peut être ressenti comme gratifiant et conduire à la motivation pour être témoin du malheur et de la punition subie par les autres. Les scénaristes et auteurs de cinéma manipulent très bien cette réaction humaine pour capter l’attention du public.

Pour comprendre cette réaction humaine, des chercheurs basés en Allemagne ont exploré le développement progressif (ontogenèse humaine) de l’émergence de cette motivation. D’ailleurs, il semblerait que cette motivation soit partagée avec les chimpanzés, et que les enfants dès l’âge de quatre à six ans ont appris par l’interaction directe qu’un comportement était soit prosocial ou antisocial. Les résultats de cette expérience suggèrent que les enfants de six ans et les chimpanzés ont une motivation à observer une punition méritée.

Notre besoin de réprimander un comportement antisocial est-il naturel ?
La vengeance est plus douce que le miel.” Homère in L’Illiade

Notre besoin de réprimander un comportement antisocial est-il naturel ?


Vivre ensemble dans les communautés nécessite une coopération mutuelle. Pour y parvenir, nous punissons les autres quand ils ne sont pas coopératifs. Des scientifiques de l’Institut Max Planck (MPI CBS) et leurs collègues du département d’anthropologie évolutionniste (MPI EVA) se sont penchés sur ce sujet. Leurs résultats ont été publiés le 18 décembre 2017 dans un article de la revue Nature Human Behaviour.

Leur découverte est très intéressante. Ils affirment que les enfants en bas âge ressentent le besoin de réprimander un comportement antisocial. De plus, les enfants sont prêts à prendre des risques et à faire des efforts pour être présents lorsque le coupable est puni.

Normalement, lorsque nous voyons quelqu’un souffrir, nous nous sentons mal à l’aise et nous voulons aider. Cependant, ce sentiment peut être inversé. Quand nous savons que quelqu’un s’est comporté de manière antisociale, nous pouvons rester indifférents même si nous savons qu’ils sont blessés. Des études antérieures ont montré que nous percevons la douleur de l’agresseur comme une punition juste et un outil pour pénaliser les mauvais comportements. De surcroît, nous ressentons un sentiment de dépit lorsque nous sommes témoins de la mesure disciplinaire (sanction).

Motivation à observer une punition méritée
Un destin n’est pas une punition.” Albert Camus in Le Mythe de Sisyphe

Existe-t-il une motivation à observer une punition méritée ?


Jusqu’à présent, on ne savait pas grand-chose sur l’origine évolutive de ce comportement. Les scientifiques ont exploré la question de savoir à quel âge nous développons la motivation à observer une punition méritée et si cette fonctionnalité existe également dans nos proches parents, les chimpanzés.

Afin d’étudier le comportement des enfants, les chercheurs ont utilisé un théâtre de marionnettes — similaire au célèbre Guignol — dans lequel deux personnages se comportaient différemment. Il y avait un personnage amical, qui donnait aux enfants leur jouet préféré, et un autre non coopératif qui gardait le jouet pour lui-même. De plus, il y avait une marionnette qui jouait le rôle de punition et faisait semblant de frapper les deux autres avec un bâton. Le jeune public, âgé de quatre à six ans, pouvait décider s’il voulait regarder les faux-semblants en payant avec une pièce de monnaie, ou s’il préférait échanger la pièce contre des autocollants.

Dans le cas de la marionnette amie, les enfants ont largement refusé d’observer comment elle a souffert. Cependant, dans le cas de la marionnette antisociale, la préférence des enfants de six ans pour rejeter les autocollants et dépenser leurs pièces de monnaie pour témoigner de la punition était significative. Ils ont même éprouvé du plaisir en le regardant souffrir, et l’ont montré dans leurs expressions. En revanche, les enfants de quatre et cinq ans n’ont pas montré ce comportement.

Difference entre le cerveau des femmes et des hommes
La vengeance est une justice sauvage.” Francis Bacon in Essais

Venger un comportement antisocial est une caractéristique de la vie en communauté


Enfin, les scientifiques ont observé des occurrences similaires chez nos amis primates les chimpanzés. Leur désir de pénaliser le comportement antisocial a été étudié dans l’unité de recherche de MPI EVA au Zoo de Leipzig (Allemagne) avec l’aide de deux gardiens de zoo, qui se sont également glissé dans des rôles contrastés (social et antisocial).

Pendant que l’un les nourrissait régulièrement, l’autre emportait leur nourriture. Dans cette situation aussi, une autre personne a prétendu les battre tous les deux avec un bâton. Comme pour les enfants, un nombre significatif de chimpanzés ont fait un effort pour voir le gardien détesté être puni. Pour ce faire, ils ont dû ouvrir une lourde porte à une pièce voisine d’où ils pourraient assister à la scène. Quant au gardien de zoo amical, ils ont refusé cette option et ont même protesté fortement quand la douleur leur était infligée.

Ces résultats démontrent que les enfants dès l’âge de six ans et même les chimpanzés veulent venger un comportement antisocial et qu’ils ressentent le besoin de le regarder.  C’est de là que viennent les racines évolutionnaires d’un tel comportement, une caractéristique cruciale pour gérer la vie en communauté. « Nous ne pouvons pas vraiment dire que les enfants et les chimpanzés ont ressenti de la rancune. Cependant, leur comportement est un signe clair que les enfants de six ans ainsi que les chimpanzés sont désireux d’observer comment les membres non coopératifs de leur communauté sont punis. » concluent les chercheurs.

© Blog Nutrition Santé – Jimmy Braun – Décembre 2017


Sources externes

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