Dégustation de sencha à Fukuoka

Thé vert et perte de poids : ce que révèle la science sur la combustion des graisses

Une nouvelle étude brésilienne apporte un éclairage inédit sur les mécanismes par lesquels le thé vert aide à brûler les graisses et améliore le métabolisme. Des résultats prometteurs qui confirment ce que les traditions asiatiques pratiquent depuis des millénaires.

À retenir

  • Le thé vert améliore la sensibilité à l’insuline et la tolérance au glucose
  • Il protège la masse musculaire contre les effets néfastes de l’obésité
  • L’extrait complet est plus efficace que les composés isolés
  • Environ 3 tasses par jour (ou un extrait standardisé) seraient nécessaires
  • Les effets s’inscrivent dans une consommation régulière sur le long terme
  • Privilégiez les extraits standardisés ou le thé en feuilles de qualité
Dégustation de thé vert à Fukuoka
Dégustation de thé vert à Fukuoka © Jimmy Braun

Le thé vert sous le microscope : une étude rigoureuse

Le thé vert (Camellia sinensis) fascine les chercheurs depuis des décennies. Boisson ancestrale reconnue pour ses propriétés médicinales et antioxydantes, son potentiel dans la lutte contre l’obésité fait l’objet d’études approfondies. Une équipe de l’Université Cruzeiro do Sul à São Paulo, dirigée par la professeure Rosemari Otton, vient de publier des résultats particulièrement éclairants dans la revue Cell Biochemistry & Function.

Ce qui rend cette recherche remarquable, c’est sa méthodologie innovante. Contrairement aux études précédentes, les chercheurs ont maintenu les souris dans un environnement thermoneutre (28°C) plutôt qu’à la température standard des animaleries (22°C).

Pourquoi ce détail est-il crucial ? Parce qu’un environnement plus froid oblige les animaux à dépenser de l’énergie pour se réchauffer, ce qui peut fausser les résultats. En éliminant ce facteur, l’équipe a pu observer les effets « purs » du thé vert sur le métabolisme.

Des résultats impressionnants sur la perte de poids

Les souris soumises à un régime hypercalorique (riche en graisses, chocolat, biscuits — un régime proche de l’alimentation occidentale moderne) puis traitées avec un extrait de thé vert ont montré des améliorations significatives.

Une étude préliminaire publiée en 2022 dans l’European Journal of Nutrition avait déjà révélé une réduction de poids pouvant atteindre 30 % chez les souris obèses traitées au thé vert. Pour mettre ce chiffre en perspective : chez l’humain, une perte de 5 à 10 % du poids corporel est déjà considérée comme cliniquement significative.

Les mécanismes en jeu

L’étude a mis en évidence plusieurs actions bénéfiques du thé vert sur l’organisme. Premièrement, une amélioration de la sensibilité à l’insuline et de la tolérance au glucose. Les souris traitées présentaient une glycémie à jeun comparable à celle des animaux témoins (non obèses), tandis que les souris obèses non traitées affichaient une glycémie élevée. Cela suggère que le thé vert pourrait aider à prévenir ou améliorer l’insulinorésistance, un facteur clé du diabète de type 2.

Deuxièmement, le thé vert a stimulé l’expression de gènes essentiels au métabolisme du glucose dans les muscles squelettiques : Insr (récepteur de l’insuline), Irs1 (substrat du récepteur), Glut4 (transporteur de glucose), Hk1 (hexokinase) et Pi3k (phosphoinositide 3-kinase). En termes simples, ces gènes orchestrent l’absorption et l’utilisation du glucose par les muscles — un processus fondamental pour maintenir un métabolisme sain.

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Protection musculaire : un effet inattendu

L’obésité entraîne généralement une réduction du diamètre des fibres musculaires — un phénomène d’atrophie qui compromet la fonction musculaire.

Or, le traitement au thé vert a préservé la morphologie musculaire des souris obèses. La surface de section transversale des fibres du muscle gastrocnémien (muscle du mollet) était significativement plus importante chez les souris traitées.

Cette découverte est particulièrement intéressante pour les personnes en surpoids qui souhaitent préserver leur masse musculaire tout en perdant de la graisse. Le muscle squelettique représente plus de 75 % de l’élimination du glucose médiée par l’insuline — maintenir une bonne santé musculaire est donc essentiel pour un métabolisme équilibré.

Le rôle clé de l’adiponectine

Les chercheurs ont également exploré le mécanisme d’action du thé vert. Une hypothèse prometteuse implique l’adiponectine, une protéine produite par les cellules graisseuses (adipocytes) aux propriétés anti-inflammatoires et régulatrices du métabolisme.

Des expériences menées sur des souris génétiquement incapables de produire de l’adiponectine ont montré que le thé vert restait sans effet chez ces animaux. Cela suggère que l’adiponectine joue un rôle central dans le mécanisme d’action du thé vert.

Fait intéressant : le thé vert semble agir sélectivement sur l’excès de graisse. Il fait maigrir les animaux obèses mais maintient le poids des animaux minces stable.

Comme l’explique la professeure Otton : « Cela montre que le thé semble avoir besoin d’un environnement riche en nutriments pour agir, ce qui conforte l’hypothèse d’une action directe sur les cellules graisseuses. »

La synergie des composés : l’extrait complet l’emporte

Le thé vert est une matrice complexe contenant des dizaines de composés bioactifs : catéchines (notamment l’EGCG — épigallocatéchine gallate), polyphénols, acides aminés libres et caféine. L’équipe de recherche a tenté d’isoler ces composés pour étudier leurs effets individuels. Le résultat ? L’extrait complet s’est toujours révélé plus efficace que les composés isolés.

Cette synergie entre les différents constituants du thé vert explique pourquoi un supplément d’EGCG seul ne reproduira jamais tous les bienfaits d’un extrait de thé vert de qualité. Les catéchines, reconnues pour leurs propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes, agissent de concert avec les autres composés pour réduire l’apoptose des cellules musculaires, atténuer la dégradation des protéines musculaires et améliorer le métabolisme des lipides et du glucose. Ces flavanols présents dans le thé vert sont également au cœur de recherches récentes sur la protection cardiovasculaire, confirmant l’intérêt de cette famille de composés pour la santé globale.

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En pratique : comment consommer le thé vert ?

Quelle quantité ?

Dans l’étude, les souris ont reçu 500 mg d’extrait de thé vert par kilogramme de poids corporel.

Transposé à l’humain, cela équivaudrait à environ 3 grammes de thé vert par jour, soit approximativement trois tasses. Cependant, la professeure Otton souligne qu’il est actuellement impossible de déterminer une dose sûre et efficace pour l’humain en raison de la variabilité des extraits et des réponses individuelles.

Quelle forme privilégier ?

Tous les thés verts ne se valent pas. Les sachets de thé prêts à l’emploi ne garantissent pas toujours la quantité ni la qualité des composés actifs.

Pour bénéficier pleinement des flavonoïdes et catéchines, deux options s’offrent à vous. D’une part, les extraits standardisés disponibles en pharmacie ou parapharmacie, qui garantissent une concentration connue en principes actifs.

D’autre part, le thé vert en feuilles de qualité (gyokuro, sencha de premier choix, ou matcha cérémoniel), préparé selon les règles de l’art : eau à 70-80°C, infusion de 2 à 3 minutes.

Si vous souhaitez approfondir votre exploration du matcha et développer votre palais, un carnet de dégustation dédié peut vous accompagner dans cette démarche.

Une approche sur le long terme

La chercheuse insiste sur un point essentiel : « L’idéal serait une consommation régulière, comme on l’observe dans les pays asiatiques. Au Japon, par exemple, les gens consomment du thé vert quotidiennement, tout au long de leur vie, et les taux d’obésité y sont faibles. Mais il ne s’agit pas de boire du thé pendant cinq mois en espérant une perte de poids miraculeuse. »

Le thé vert n’est pas une pilule magique. Il s’inscrit dans une hygiène de vie globale, associé à une alimentation équilibrée et une activité physique régulière.

Les limites de l’étude

Il est important de garder à l’esprit que ces résultats ont été obtenus chez la souris. Comme le rappelle la professeure Otton : « Ce que l’on observe chez les animaux ne se reproduit pas systématiquement chez l’humain. » Les études cliniques chez l’homme restent nécessaires pour confirmer ces effets.

Par ailleurs, l’étude n’a été menée que sur des souris mâles, ce qui constitue une limite concernant le dimorphisme sexuel. Les réponses métaboliques peuvent différer selon le sexe, et des recherches complémentaires incluant des sujets femelles seraient bienvenues.

Enfin, les modifications observées au niveau de l’expression génique ne se traduisent pas toujours par une modification équivalente au niveau des protéines. Par exemple, malgré l’augmentation de l’ARNm du transporteur de glucose GLUT4, la quantité de protéine GLUT4 n’a pas été modifiée. Ces données doivent donc être interprétées avec prudence.

Thé vert et imagerie médicale

Conclusion : le thé vert, un allié naturel prometteur

Cette étude renforce l’intérêt scientifique pour le thé vert comme adjuvant naturel dans la gestion du poids et des troubles métaboliques. Ses composés agissent en synergie pour améliorer la sensibilité à l’insuline, protéger la masse musculaire et favoriser l’utilisation des graisses comme source d’énergie.

Comme le souligne la professeure Otton : « L’objectif est de disposer de composés sûrs, naturels, efficaces et de haute qualité. Le thé vert répond à ces critères. » Dans un contexte où les traitements médicamenteux de l’obésité sont souvent coûteux et associés à des effets secondaires, le thé vert représente une alternative accessible et bien tolérée.

Alors, pourquoi ne pas intégrer cette boisson millénaire à votre routine quotidienne ? Votre métabolisme vous en remerciera peut-être.


Référence de l’étude

Sousa-Filho CPB, Silva MVA, Silva V, et al. Does green tea improve obesity in mice kept in thermoneutrality by modulating skeletal muscle metabolism? Cell Biochemistry & Function. 2025;43(6). DOI: 10.1002/cbf.70094

Accéder à l’article complet de l’étude (accès libre)


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