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Les influences socio-culturelles sur le choix alimentaire

Le choix alimentaire est une expression de l’identité, des valeurs et du style de vie d’une population. Plusieurs facteurs environnementaux sont capables d’influencer les décisions de chacun mais il en est un qui se démarque relativement fortement, le facteur socio-culturel.

Lorsque l’on se rend dans une région ou un pays étranger, il n’est pas rare d’observer du nouveau concernant ce qui peut se trouver dans notre assiette ou dans les marchés et supermarchés. Il est également possible de voir un changement concernant le lieu de restauration, la façon de préparer la nourriture, de manger et bien d’autres choses.

« Manger, c’est incorporer un territoire. »

Jean Brunhes, géographe français (1869-1930)

Les différences observées selon les groupes d’individus ou les nationalités sont relativement nombreuses, pourquoi ?

Apprentissage autour d'un repas en famille.

L’apprentissage

Les influences socio-culturelles du choix alimentaire repose sur deux principaux éléments ; les moyens matériels et les idéaux, qui évoluent souvent selon une zone géographique ou une classe sociale.

Les éléments matériels comprennent les systèmes de production, de transport et de distribution des aliments, les ressources financières des ménages, le temps alloué à la cuisine ou encore le lieu de consommation. Les aspects idéologiques comprennent la façon de cuisiner, les règles du repas, les rituels autour des aliments et le prestige attribué à ces derniers.

L’idéologie alimentaire se transmet généralement aux enfants par la famille, l’école et les amis.

L’apprentissage est alors composé explicitement par la communication des parents sur le « bien manger » et d’institutions au travers de différentes campagnes de santé (PNNS, etc.), mais aussi implicitement par l’installation d’une routine quotidienne.

Celle-ci se façonne en fonction des différentes expériences qui peuvent se dérouler durant l’enfance ; c’est-à-dire des nouveaux lieux de consommation, des personnes avec qui partager son repas, la découverte de saveurs, de combinaisons alimentaires ou encore de valeurs (sentimentale ou financière) des aliments.

Les institutions sociales et les facteurs environnementaux améliorent ou contraignent donc les décisions de chacun pour s’alimenter. A l’intérieur de ce processus décisionnel les individus expérimentent, interprètent, façonnent et symbolisent le monde alimentaire qui les entoure.


Un symbole d’identité

Les pratiques alimentaires « racontent » qui nous sommes, la nourriture peut être un symbole d’identité personnelle ou d’appartenance à un groupe, une ethnie, une nation.

La cuisine traditionnelle peut valoriser la façon de produire ou de manger du passé, créant des liens émotionnels forts par exemple avec ses aïeux. Différemment, les régimes alimentaires des peuples autochtones (comme les Indiens d’Amazonie) établissent souvent un lien explicite entre la nourriture et l’environnement, avec un immense respect de la biodiversité et une grande valorisation sentimentale des terres.

Les aliments communiquent alors un mode de vie ; ainsi les cadeaux d’ordre alimentaire ou le partage de denrées sont des actes importants pour exprimer l’appartenance sociale.

La nourriture la plus chère, consommée par les ménages fortunés ou embourgeoisés est souvent associée à un raffinement (caviar, vin âgé, truffe blanche, etc.), tandis que celle consommée par les ménages précaires ou peu fortunés (pomme de terre, riz, etc.) est associée à une situation d’insécurité alimentaire voire de pénurie.

Au sein de la symbolique identitaire, le genre fait apparaitre différents aspects idéationnels (qui se rapporte à l’idéation, « processus par lequel chacun peut trouver des idées et devenir créatif ») et normatifs des pratiques alimentaires.

Dans les sociétés occidentales actuelles, l’imaginaire commun formé autour de la féminité et de la masculinité contribue à la sélection particulière d’aliments selon le sexe ; comme la viande peut représenter la force et la masculinité, les fruits représentent plutôt la légèreté et la féminité. Cette vision est complètement différente par exemple au sein d’une société matriarcale comme l’on peut observer chez les Khasi, peuple vivant dans le Nord-Est de l’Inde.

L’appartenance religieuse aide également à définir les pratiques alimentaires à travers diverses règles, représentations et significations.

Ces fonctions définissent souvent des interdictions alimentaires parmi les différentes croyances, comme les porcins au sein des religions musulmane et juive par exemple. Ces directives plus ou moins strictes se basent notamment sur l’Histoire et l’image véhiculées par les aliments. Ainsi le porc, « qui a la corne fendue et le pied fourchu sans savoir ruminer » (La Torah – Lévitique 11:7-8), est associé à l’obscénité et la toxicité.

Jeunes bovins charolais en prairie.

L’image des aliments

L’acceptabilité d’un aliment est donc influencée par l’environnement culturel et notamment par les croyances religieuses, spirituelles ou autres.

Les œufs par exemple peuvent faire l’état d’une interdiction alimentaire selon certains groupes tribaux car ils sont associés à une crainte de la stérilité ou d’un mauvais traitement pour l’enfant à naître.

Au sein de notre société et de toutes celles occidentalisées, manger des insectes est toujours en grande partie impensable en raison de leur simple image peu ragoutante. Dans la religion hindoue, les animaux ont un caractère sacré et les tuer est souvent considéré comme un sacrilège, c’est pourquoi une grande partie de la population indienne est végétarienne.

Cependant l’image des aliments n’est pas figée dans le temps, l’évolution de chaque société au travers des années est capable de modifier les interprétations.

Par conséquent, le bilan environnemental, aussi appelé empreinte carbone, est un « récent » élément capable d’influencer les pratiques alimentaires au sein des sociétés modernes.

En effet les conséquences sur l’environnement peuvent peser sur la mise en place ou la modification des différents systèmes de production, de transformation, de transport, d’entreposage et donc de consommation.

En fonction de ce coût plus ou moins élevé, la question qui est de base purement technique et matérielle devient fortement sociale. La même chose se produit concernant le bien-être animal, les mœurs évoluent et les pratiques suivent.

« L’Homme est probablement consommateur de symboles autant que de nutriments. »

Pr. Jean Trémolières, diététicien-nutritionniste, fondateur de l’École nutritionnelle française (1913-1976)

En résumé, le terme d’influence socio-culturelle est construit selon beaucoup de facteurs qui peuvent être liés à un passif ancien comme les religions et l’Histoire ou récent comme l’enfance.

La catégorie sociale, l’image de soi, la considération des êtres vivants, de l’environnement ou encore l’interprétation faite des aliments dictent nos choix et placent l’alimentation au-delà du simple fait de se nourrir.

© Avril 2021 – Thomas GAUDIN – Blog Nutrition Santé

Sources

  1. Bisogni, CA, Connors, M, Devine, CM, Sobal, J. Who we are and how we eat: a qualitative study of identities in food choice ; J. Nutr. Educ. Behav. 2002 ; 34(3): 128–139 ; DOI : 10.1016/s1499-4046(06)60082-1
  2. Cruwys, T, Bevelander, KE, Hermans, RC. Social modeling of eating: a review of when and why social influence affects food intake and choice. Appetite. 2015 ; 86:3–18 ; DOI : 10.1016/j.appet.2014.08.035
  3. Fieldhouse, P . Food and Nutrition: Customs and Culture. Second. Springer; 1995.
  4. Kelly, B, Freeman, B, King, L, Chapman, K, Baur, LA, Gill, T. Television advertising, not viewing, is associated with negative dietary patterns in children. Pediatr Obes. 2016 ; 11(2):158–160 ; DOI : 10.1111/ijpo.12057
  5. Monterrosa E.C. ; Frongillo E.A. ; Drewnoski A. ; de Pee S. ; Vandevijvere S. ; Sociocultural influences on food choices and implications for sustainable healthy diet ; Food and Nutrition Bulletin ; 2020 ; V41-i2 ; p59-73 ; DOI : 10.1177/0379572120975874
  6. O’Doherty Jensen, K, Holm, L. Preferences, quantities and concerns: socio-cultural perspectives on the gendered consumption of foods. Eur J Clin Nutr. 1999 ; 53(5): 351–359. DOI : 10.1038/sj.ejcn.1600767
  7. © Photo : Michelle Ziling Ou, Jimmy Dean et Dan Smedley – via Unsplash.com

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