Café et diabète : de nouveaux composés plus efficaces qu'un médicament

Café et diabète : de nouveaux composés plus efficaces qu’un médicament

Et si votre café matinal faisait bien plus que vous réveiller ? Une équipe de chercheurs chinois vient de découvrir trois molécules inédites dans le café torréfié [1], capables de réguler le taux de sucre dans le sang. Plus surprenant encore : en laboratoire, ces composés se sont révélés plus puissants qu’un médicament couramment prescrit contre le diabète de type 2.

Le diabète de type 2 : un enjeu de santé majeur

Les chiffres donnent le vertige. En France, près de 4 millions de personnes vivent avec un diabète, et 9 cas sur 10 concernent le diabète de type 2. Pire : selon l’Assurance maladie, plus de 500 000 nouveaux cas pourraient s’ajouter d’ici 2027 [2].

Le diabète de type 2 se caractérise par un excès de sucre dans le sang. Normalement, après un repas, notre organisme régule naturellement ce taux. Mais chez les personnes diabétiques, ce mécanisme fonctionne mal, ce qui expose à de nombreuses complications : problèmes cardiovasculaires, atteintes des reins, de la vue, des nerfs…

Face à cette épidémie silencieuse, les chercheurs explorent toutes les pistes. Et le café, consommé chaque jour par des millions de personnes, intrigue particulièrement la communauté scientifique.

Comment le café pourrait-il agir sur la glycémie ?

Pour comprendre cette découverte, un petit détour par la digestion s’impose.

Quand vous mangez du pain, des pâtes ou du riz, ces aliments contiennent des glucides complexes, de longues chaînes de sucres. Pour les absorber, votre intestin doit d’abord les découper en morceaux simples (du glucose). C’est le travail d’une enzyme appelée alpha-glucosidase.

Le problème ? Plus cette enzyme travaille vite, plus le sucre passe rapidement dans le sang, provoquant un pic de glycémie. Chez les diabétiques, ces pics répétés sont particulièrement néfastes.

C’est pourquoi certains médicaments, comme l’acarbose, visent précisément à freiner cette enzyme. En ralentissant la digestion des glucides, ils limitent les variations brutales de la glycémie après les repas.

Et c’est exactement ce que font les nouveaux composés découverts dans le café.

Trois molécules inédites : les caffaldéhydes

L’équipe du Professeur Minghua Qiu, de l’Académie chinoise des sciences, a passé au crible la composition du café arabica torréfié avec des techniques d’analyse de pointe. Leur objectif : identifier des composés capables de bloquer la fameuse enzyme alpha-glucosidase.

Résultat : trois molécules jamais décrites auparavant, baptisées caffaldéhydes A, B et C.

Ces trois « cousines » appartiennent à la famille des diterpènes, des composés déjà connus dans le café pour leurs propriétés bénéfiques. Elles partagent une structure commune mais diffèrent légèrement dans leur composition, un peu comme des variations sur un même thème musical.

Et les tests en laboratoire ont réservé une belle surprise.

L'accoutumance inhibe les bénéfices de la caféine

Plus puissants que le médicament de référence

Pour mesurer l’efficacité d’un composé à bloquer une enzyme, les chercheurs calculent ce qu’on appelle l’IC₅₀ : la concentration nécessaire pour réduire de moitié l’activité de l’enzyme. Plus ce chiffre est bas, plus le composé est puissant.

Voici les résultats pour les trois caffaldéhydes :

  • Caffaldéhyde A : 45 μM
  • Caffaldéhyde B : 24 μM
  • Caffaldéhyde C : 17 μM

Les trois molécules se sont révélées plus efficaces que l’acarbose, le médicament de référence, dans les conditions de l’expérience.

Le caffaldéhyde C remporte la palme, avec une activité près de trois fois supérieure à celle du caffaldéhyde A. Les chercheurs ont remarqué que plus la molécule est « longue », plus elle est efficace, une observation qui pourrait guider le développement de futurs traitements.

En poussant leurs analyses, l’équipe a également identifié trois autres composés apparentés, portant à six le nombre total de nouvelles molécules découvertes dans le café.

Le café protège-t-il vraiment du diabète ?

Cette découverte n’est pas isolée. Depuis des années, les études s’accumulent pour suggérer un lien entre consommation de café et réduction du risque de diabète de type 2.

Ce que montrent les grandes études :

Les personnes qui boivent régulièrement du café (3 à 4 tasses par jour) présentent un risque de diabète réduit de 25 à 50 % par rapport aux non-consommateurs. Un chiffre impressionnant, confirmé par de nombreuses recherches à travers le monde.

Les mécanismes suspectés :

Le café contient des centaines de composés bioactifs. Plusieurs pourraient contribuer à cet effet protecteur :

  • L’acide chlorogénique, aux propriétés antioxydantes
  • Le cafestol et le kahweol, deux diterpènes qui stimuleraient la sécrétion d’insuline
  • La caféine elle-même, qui influencerait le métabolisme des graisses

Les caffaldéhydes viennent s’ajouter à cette liste déjà prometteuse.

Un paradoxe intéressant :

Le café décaféiné montre aussi des effets bénéfiques, ce qui suggère que la caféine n’est pas la seule responsable. Pour approfondir ce sujet, vous pouvez consulter notre article sur les bienfaits de la caféine sur les mitochondries.

La consommation de café et la santé

Gardons les pieds sur terre

Avant de vous ruer sur la cafetière, quelques précisions s’imposent.

Ces résultats sont préliminaires. Les tests ont été réalisés en laboratoire, sur des enzymes isolées. Ce qui fonctionne dans un tube à essai ne fonctionne pas toujours de la même façon dans le corps humain.

La quantité compte. On ignore encore quelle concentration de caffaldéhydes se trouve réellement dans votre tasse de café, et si cette quantité est suffisante pour produire un effet mesurable.

Le café n’est pas un médicament. Si vous êtes diabétique, continuez à suivre votre traitement et les recommandations de votre médecin. Le café peut s’inscrire dans une alimentation équilibrée, mais il ne remplace en aucun cas une prise en charge médicale.

Les chercheurs annoncent que les prochaines étapes consisteront à tester ces composés sur des modèles vivants et à évaluer leur sécurité.

Quel café choisir pour optimiser les bénéfices ?

En attendant des données plus précises, voici quelques pistes pour profiter au mieux des propriétés de votre café :

Préférez l’arabica au robusta. Le café arabica contient généralement plus de diterpènes, la famille de molécules à laquelle appartiennent les caffaldéhydes.

La méthode de préparation compte. Le café filtre papier retient une partie des diterpènes, tandis que la cafetière à piston (French press) ou le café turc les conservent davantage. L’espresso se situe entre les deux. Pour en savoir plus, consultez notre guide sur les différentes méthodes de préparation du café.

Restez raisonnable. 3 à 4 tasses par jour semblent constituer un bon équilibre selon les études. Au-delà, les effets de la caféine peuvent devenir problématiques, notamment sur le sommeil ou la tension artérielle. Et pendant la grossesse, la prudence reste de mise.

Ne misez pas tout sur le café. La prévention du diabète passe avant tout par une alimentation variée, une activité physique régulière et le maintien d’un poids santé. Le café n’est qu’une pièce du puzzle.

L'apport en café est généralement bon pour la santé

Le café, une mine de bienfaits à explorer

Cette découverte illustre à quel point nous avons encore beaucoup à apprendre sur les aliments que nous consommons au quotidien. Le café, bu depuis des siècles, continue de livrer ses secrets aux chercheurs.

Les caffaldéhydes rejoignent la longue liste des composés bénéfiques identifiés dans cette boisson : antioxydants, polyphénols, diterpènes… Autant de molécules qui, ensemble, pourraient expliquer les nombreux effets positifs du café sur la santé.

Autres facettes du café à consulter dans plusieurs articles :

Ce qu’il faut retenir

Des chercheurs chinois ont découvert trois nouvelles molécules dans le café torréfié (les caffaldéhydes A, B et C) capables de freiner une enzyme clé dans la digestion des sucres. En laboratoire, ces composés se sont montrés plus efficaces qu’un médicament antidiabétique courant.

Ces résultats prometteurs renforcent l’idée que le café pourrait jouer un rôle dans la prévention du diabète de type 2, même si des études complémentaires sont nécessaires pour le confirmer.

En attendant, rien ne vous empêche de savourer votre café en vous disant qu’il contient peut-être des trésors cachés pour votre santé. Une raison de plus d’apprécier ce rituel quotidien.

Sources
  1. Hu G, Quan C, Al-Romaima A, Dai H, Qiu M. Bioactive oriented discovery of diterpenoids in Coffea arabica basing on 1D NMR and LC-MS/MS molecular network. Beverage Plant Research, 2025. https://www.maxapress.com/article/doi/10.48130/bpr-0024-0035
  2. Santé publique France, données 2023 ; Fédération Française des Diabétiques / Assurance maladie, projections 2027. Sources : santepubliquefrance.fr et federationdesdiabetiques.org

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