Comment Internet pourrait changer notre cerveau

Comment Internet pourrait changer notre cerveau

L’impact d’Internet et des Technologies de l’Information et de la Communication sur plusieurs aspects de la société moderne est clair.

Cependant, l’influence qu’elle pourrait avoir sur la structure et le fonctionnement de notre cerveau reste au centre des recherches.

Une équipe internationale de chercheurs de l’Université occidentale de Sydney (Australie), de l’Université Harvard (États-Unis), du Kings College, de l’Université d’Oxford et de l’Université de Manchester (Royaume-Uni) se sont penchés sur ce sujet important.

Ils ont découvert qu’Internet pouvait produire des altérations aiguës et durables dans des domaines spécifiques de la cognition, susceptibles de refléter des modifications du cerveau affectant notre attention, nos capacités, le processus de mémoire et les interactions sociales.

Les auteurs se sont appuyés sur les découvertes récentes en psychologie, psychiatrie et neuro-imagerie pour examiner plusieurs hypothèses clés sur la manière dont Internet pourrait modifier notre cognition.

Internet modifie nos relations sociales

Plus précisément, ils ont étudié comment des caractéristiques uniques du « monde en ligne » peuvent influer sur :

  • les capacités d’attention (car le flux continu d’informations en ligne suscite notre attention partagée entre plusieurs sources médiatiques, au détriment d’une concentration soutenue) ;
  • les processus de mémoire (au moment où cette source d’information en ligne vaste et omniprésente commence à modifier la façon dont nous récupérons, stockons et même valorisons les connaissances) ;
  • la cognition sociale (dans la mesure où la capacité des environnements sociaux en ligne permet de ressembler et évoquer des processus sociaux du monde réel et créer une nouvelle interaction entre Internet et notre vie sociale, y compris nos concepts et notre estime de soi).
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Dans l’ensemble, les preuves disponibles indiquent qu’Internet peut produire des altérations aiguës et durables dans chacun de ces domaines de la cognition, ce qui peut se refléter dans les modifications du cerveau.

Cependant, une priorité émergente pour les recherches futures consiste à déterminer les effets d’une utilisation extensive des médias en ligne sur le développement cognitif chez les jeunes et à examiner en quoi cela peut différer des résultats cognitifs et de l’impact sur le cerveau des utilisations d’Internet chez les personnes âgées.

Internet et notre développement cognitif

Internet et notre développement cognitif


Une étude publiée le 6 mai 2019 dans la revue World Psychiatry, des chercheurs ont examiné les principales hypothèses sur la manière dont Internet pourrait modifier les processus cognitifs, et ont ensuite examiné dans quelle mesure ces hypothèses étaient corroborées par les récents résultats de recherches psychologiques, psychiatriques et neuro-imagerie.

Le rapport combinait les preuves pour produire des modèles révisés sur la manière dont Internet pourrait affecter la structure et le fonctionnement du cerveau et le développement cognitif.

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Les principales conclusions de ce rapport montrent que des niveaux d’utilisation élevés d’Internet pourraient en effet avoir un impact sur de nombreuses fonctions du cerveau.

Par exemple, le flot illimité d’invitations et de notifications provenant d’Internet nous encourage à détenir constamment une attention divisée, qui ensuite à son tour, pourrait réduire notre capacité à rester concentré sur une seule tâche.

De plus, le « monde en ligne » représente désormais une ressource unique en son genre, vaste et accessible en permanence, qui contient des faits et des informations, qui ne se résume jamais à quelques clics.

« Étant donné que nous avons littéralement à portée de main la plupart des informations factuelles du monde, celles-ci semblent avoir le potentiel pour commencer à changer la façon dont nous stockons, et même valorisons, les faits et les connaissances dans la société et dans le cerveau », expliquent les auteurs.

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Internet est un bombardement de stimuli pour notre cerveau


L’introduction récente et l’adoption généralisée de ces technologies en ligne, ainsi que des médias sociaux, inquiètent également certains enseignants et parents.

Les directives 2018 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommandaient que les jeunes enfants (âgés de 2 à 5 ans) soient exposés à une heure par jour ou moins du temps passé devant l’écran.

Toutefois, le rapport a également révélé que la grande majorité des recherches portant sur les effets d’Internet sur le cerveau avaient été menées chez des adultes. Il est donc nécessaire de poursuivre les recherches pour déterminer les avantages et les inconvénients de l’utilisation d’Internet chez les jeunes.

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Selon les auteurs de cette dernière étude, bien que davantage de recherche soit nécessaire, éviter les effets négatifs potentiels pourrait être aussi simple que de veiller à ce que les enfants ne manquent pas d’autres activités de développement cruciales, telles que les interactions sociales et l’exercice physique, en passant trop de temps sur les appareils numériques.

Pour aider à cela, il existe maintenant une multitude d’applications et de logiciels disponibles pour restreindre l’utilisation d’Internet et l’accès aux smartphones, aux tablettes et aux ordinateurs. Ainsi, les parents et les personnes en charge peuvent facilement les utiliser pour définir des règles conviviales pour la famille sur les appareils personnels, ainsi que sur les types de contenu utilisés.

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Parallèlement, il est également important de parler aux enfants de la manière dont leur vie en ligne les affecte, afin d’identifier les enfants exposés au risque de cyberintimidation, de dépendance, et de permettre ainsi une intervention rapide pour éviter des résultats défavorables et catastrophiques.

Actuellement, de nombreux chercheurs s’alarment des conséquences potentielles d’une utilisation croissante d’Internet sur le cerveau. Le bombardement de stimuli via Internet, et l’attention partagée qui en résulte, font l’objet de nombreuses inquiétudes.

La croissance du numérique dans la société révèle la capacité d’Internet de modifier à la fois la structure et le fonctionnement du cerveau, tout en modifiant potentiellement notre tissu social.

Afin de minimiser les effets néfastes potentiels d’une utilisation multitâche à haute intensité d’Internet, les auteurs suggèrent une pratique de la pleine conscience, ainsi que l’utilisation de techniques d’hygiène Internet comme la réduction du multitâche en ligne, les comportements de vérification des rituels et activités en ligne le soir, tout en s’engageant davantage dans des interactions en personne.

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Les conclusions de cet article soulignent combien il est primordial d’en apprendre davantage sur l’impact de la technologie numérique dans le monde sur la santé mentale et la santé du cerveau. Il existe certes de nouveaux avantages potentiels pour certains aspects de la santé, mais il faut les équilibrer par rapport aux risques potentiels.

Enfin, il est clair qu’Internet a radicalement modifié la possibilité d’interactions sociales et le contexte dans lequel les relations sociales peuvent avoir lieu. De ce fait, il est donc essentiel de comprendre le potentiel de ce « monde en ligne » pour réellement modifier notre fonctionnement social et déterminer quels aspects de notre comportement social vont changer et lesquels ne changeront pas.

© Blog Nutrition Santé – Jimmy Braun – Juin 2019

Ce blog nutrition santé n’a pas vocation à remplacer votre relation avec votre médecin traitant. Les renseignements contenus sur le Blog Nutrition Santé sont tous rédigés avec des sources scientifiques et ne peuvent pas répondre à des questions médicales spécifiques, mais sont donnés à des fins purement informatives et complémentaires. Lire la suite.

Sources externes

Joseph Firth, John Torous, Brendon Stubbs, Josh A. Firth, Genevieve Z. Steiner, Lee Smith, Mario Alvarez‐Jimenez, John Gleeson, Davy Vancampfort, Christopher J. Armitage, Jerome Sarris. The “online brain”: how the Internet may be changing our cognition. World Psychiatry, 6 mai 2019; 18 (2): 119 DOI: 10.1002/wps.20617, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1002/wps.20617

Le message de l’OMS au jeune enfant : pour grandir en bonne santé, ne pas trop rester assis et jouer davantage. 24 avril 2019. Communiqué de presse. https://www.who.int/fr/news-room/detail/24-04-2019-to-grow-up-healthy-children-need-to-sit-less-and-play-more

Photos © Rodion Kutsaev ; Samuel Zeller ; Ludovic Toinel

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