Pourquoi la restriction calorique prolonge-t-elle la durée de vie ?

Pourquoi la restriction calorique prolonge-t-elle la durée de vie ?

La restriction calorique fait partie des sujets récurrents chez certains médecins-nutritionnistes et dans la presse spécialisée, comme le jeûne séquentiel (jeûner une fois par semaine de 20h jusqu’au lendemain 13h).

Ce n’est pas un hasard, puisque la restriction calorique a de réels effets. Notamment en cas de cancer, elle modifierait l’expression de gènes impliqués dans le développement de la maladie et pourrait ainsi accroitre l’efficacité de certains traitements antitumoraux.

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Cette « technique » de se restreindre en calories consiste à manger au quotidien un petit peu moins de calories que notre réel besoin et aurait des effets sur la longévité. D’ailleurs, la restriction calorique illustre parfaitement ce que ma grand-mère (ou la vôtre peut-être) me disait souvent : « Jimmy ! Ne sors pas de table rassasié ! ». Elle a surmonté la malnutrition de deux guerres et un infarctus, et a vécu en pleine forme jusqu’à l’âge de 93 ans !

Cependant, même si cette technique est reconnue comme bienfaisante depuis longtemps, son mécanisme — qui actionne une longue durée de vie — vient seulement d’être révélé dans les résultats d’une étude publiée le 14 septembre 2017.

La restriction calorique pour vivre plus vieux ?

La restriction calorique pour vivre plus vieux ?


Il y a presque un siècle, les scientifiques ont découvert que la réduction de l’apport calorique pouvait prolonger considérablement la durée de vie de certaines espèces animales. Malgré de nombreuses études réalisées depuis, les chercheurs n’ont pu expliquer précisément pourquoi.

Maintenant, des chercheurs de l’École de médecine Lewis Katz de l’Université américaine de Philadelphie (LKSOM) ont dépassé cette barrière. Dans les nouveaux travaux publiés en ligne dans la revue scientifique Nature Communications, ils sont les premiers à démontrer que la vitesse à laquelle l’épigénome (ensemble des modifications épigénétiques d’une cellule et état épigénétique de la cellule) change avec l’âge est associée à la durée de vie des espèces et que la restriction calorique ralentit ce processus de changement — ce qui explique potentiellement ses effets sur la longévité.

Ralentir de la dérive épigénétique pour contrôler la longévité

Ralentir la dérive épigénétique pour contrôler la longévité


Cette étude montre que la dérive épigénétique, qui se caractérise par des gains et des pertes dans la méthylation de l’ADN dans le génome au fil du temps, se produit plus rapidement chez les souris que chez les singes et plus rapidement chez les singes que chez les humains.

Les résultats permettent d’expliquer pourquoi les souris ne vivent que d’environ deux à trois ans en moyenne, des singes rhésus (ou macaque rhésus) d’environ 25 ans et des humains de 70 ou 80 ans.

Les modifications chimiques telles que la méthylation de l’ADN contrôlent les gènes des mammifères, servant de signets pour l’utilisation d’un gène – un phénomène connu sous le nom d’épigénétique. Les schémas de méthylation dérivent de façon constante tout au long de la vie, la méthylation augmentant dans certaines régions du génome et diminuant dans d’autres. Des études antérieures ont montré que ces changements se produisaient avec l’âge, mais si elles étaient également liées à la durée de vie, ceci était totalement inconnu.

le ralentissement de la dérive épigénétique

L’équipe de chercheurs a fait sa découverte après avoir examiné les modèles de méthylation sur l’ADN dans le sang recueilli auprès d’individus d’âges différents pour chacune des trois espèces – souris, singe et humain. Les souris atteignaient l’âge de quelques mois à presque trois ans, des singes de moins d’un an à 30 ans et des humains de 0 à 86 ans (le sang de cordon était utilisé pour représenter l’âge zéro).

Les variations liées à l’âge dans la méthylation de l’ADN ont été analysées grâce à une méthode de séquençage performante, qui a révélé des modèles distincts, avec des gains de méthylation chez les personnes âgées se produisant dans des sites génomiques qui n’étaient pas méthylés chez les jeunes et vice-versa.

Dans les analyses suivantes, des pertes frappantes dans l’expression des gènes ont été observées dans les régions génomiques qui étaient de plus en plus méthylées avec l’âge, alors que les régions qui étaient devenues moins méthylées présentaient une augmentation de l’expression des gènes.

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L’étude d’un sous-ensemble de gènes affectés par des modifications liées à l’âge de la méthylation a révélé une relation inverse entre la dérive de la méthylation et la longévité. En d’autres termes, plus la quantité de changements épigénétiques est grande, et plus elle s’est produite, plus la durée de vie de l’espèce est courte.

Les chercheurs ont voulu savoir si la dérive épigénétique pourrait être modifiée afin d’augmenter la durée de vie. L’un des facteurs connus les plus forts pour augmenter la durée de vie chez les animaux est la restriction calorique, dans laquelle les calories du régime sont réduites tout en conservant l’apport d’éléments nutritifs essentiels.

Pour examiner ses effets, les chercheurs ont réduit l’apport calorique de 40% chez les jeunes souris et de 30% chez les singes d’âge moyen. Dans les deux espèces, des réductions significatives de la dérive épigénétique ont été observées, de sorte que les modifications liées à l’âge de la méthylation chez les animaux âgés dans les régimes à restriction calorique étaient comparables à celles des jeunes animaux.

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La dérive épigénétique est un déterminant de la durée de vie chez les mammifères


Avec ces dernières découvertes, les chercheurs sont en mesure de proposer un nouveau mécanisme – le ralentissement de la dérive épigénétique – pour expliquer comment la restriction calorique prolonge la vie chez les animaux.

Les impacts de la restriction calorique sur la durée de vie ont été connus depuis des décennies, mais grâce aux techniques quantitatives modernes, les chercheurs peuvent montrer pour la première fois un ralentissement de la dérive épigénétique à mesure que la durée de vie augmente.

Enfin, les résultats ont des implications importantes dans la recherche en santé, où des études récentes ont suggéré qu’une plus grande quantité de dérive épigénétique augmente le risque de maladies liées à l’âge, y compris le cancer.

Le laboratoire de recherche proposant cette dernière étude a été le premier à proposer l’idée de modifier la dérive épigénétique comme moyen de modifier le risque de maladie.

Cependant, la raison pour laquelle la dérive épigénétique se produit plus rapidement chez certaines personnes et plus lentement chez d’autres est encore incertain.

L’équipe de chercheurs espère identifier rapidement d’autres facteurs qui influent sur la dérive de la méthylation. De tels facteurs pourraient potentiellement être modifiés pour ralentir la dérive, ayant des impacts majeurs sur la prévention des maladies liées à l’âge.

Par contre, la restriction ne se pratique pas n’importe comment, puisqu’elle nous affaiblit et a d’autres répercussions. De la sorte, il est nécessaire d’en parler à votre médecin traitant ou à votre nutritionniste, afin de vous faire conseiller pour un régime personnalisé, et ouvrir une fenêtre thérapeutique pour cette restriction selon votre état de santé.

Pour aller plus loin…


Parmi les raisons de la longévité il reste encore beaucoup de choses à découvrir. Mais en s’inspirant du style de vie du Japon, où on dénombre actuellement 65.000 centenaires (soit 3 fois plus qu’en France avec 21.000), on peut sans doute améliorer sa qualité de vie. Même si la population totale du Japon est de 128 millions d’habitants, la proportion est tout de même plus grande. Voici quelques éléments en causes dans la longévité des japonais.

  • Un régime alimentaire sain et réduit en sucres et en viandes
  • Une cuisine qui préserve la qualité et les bienfaits des aliments
  • Une activité physique régulière (yoga, sport, méditation, marche…)
  • Des occupations sociales
  • Des boissons de qualité comme le thé vert matcha
  • Un rapport de proximité à la Nature
  • Un accès à des soins de qualité

© Blog Nutrition Santé – Jimmy Braun – Septembre 2017


Sources externes

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